Magali Lambert

Installation « Le treizième arbre »

Galeru-TreiziemeArbre-MagaliLambert

20 novembre – 20 décembre 2015

LaGaleru présente «Le treizième arbre», une installation de Magali Lambert qui, par un jeu photographique et d’illusion d’optique,  transforme LaGaleru en forêt factice.

Transposé au cœur même de la nature, nous sommes témoin d’une relation poétique et vibrante qui nous interroge sur la quête d’une inaccessible étoile.

 

 LeTreiziemeArbre-Triptyque-01©MagaliLambert

La masse enténébrée n’a pas voulu de moi
Les propriétaires d’un large domaine, amateurs de mon travail, m’ont généreusement offert de l’espace et du temps pour créer librement. Seule contrainte : la forêt comme objet de recherche. Mise à disposition.
J’arrive dans la nuit et sous une pluie battante. Il m’est alors difficile de percevoir les formes partiellement éclairées. La lumière des phares effleure trop furtivement les ombres épaisses. Seul le mur blanc de la maison se rend visible sans effort. Sa couleur et sa masse en parfait contraste avec son environnement.
Un peu comme nous parmi les arbres
Verticaux pourtant
Nous ne trompons personne
Surtout pas
Eux
Ils m’ont préparé le logement adjacent à la résidence principale. La nuit est passée, la pluie a cessé. Je distingue désormais parfaitement le paysage derrière la vitre salie par l’eau iodée.
Je ne dispose que de quelques jours pour investir le lieu. J’ai déjà des idées d’images à réaliser pour lesquelles je me suis munie d’un miroir. Ce n’est pas la première fois que je travaille parmi les arbres. C’est mon terrain de jeu. Je m’y sens chez moi. Le projet : aller au centre, placer le miroir sur les troncs coupés et créer ainsi une forêt factice par un jeu d’illusion d’optique.
Reflets des vivants
Entiers
Arbres amputés
Fantômes dans
Le miroir
Pour atteindre la forêt, je dois traverser la terrasse, m’avancer sur un étroit chemin herbeux au bord duquel je croise un arbre au tronc creusé et d’autres, plus petits, penchés le long du sentier (si bien qu’il me faut courber le dos pour y progresser). Puis le vert se répand plus largement dans un verger. Je le traverse en quelques minutes, appareil photo et miroir sous le bras. Au fond, un talus à franchir puis une clairière remplie d’herbes folles. Sur le côté, trois grands arbres et enfin, la forêt.
Un immense pin marque une verticale affirmée devant les centaines d’autres. Un peu plus loin, racines, ronces, fougères.
Bourdonnements.
Le soleil si
Blanc sur les herbes jaunes
Frappe les cimes
Les brûle au sommet
Là où d’ici nous ne voyons rien
Faute de hauteur
Et crée une ombre si
Épaisse si
Charbonneuse et compacte
Que là où nous pouvons enfin voir
Alors nous ne voyons plus
Qu’obscurité en nombre derrière
La lumière brindilles
Angoissée, j’observe un moment la forêt sans jamais parvenir à y entrer, cachée dans les grands épis dorés de la clairière. Je recule et fais demi-tour. Les heures, les journées qui suivent répètent ce parcours de façon quasi rituelle.
Terrasse, chemin, verger, talus, clairière.
Entrée de la forêt.
Photographies de son reflet dans le miroir. Demi-tour.
Clairière, talus, verger, chemin, terrasse.
Studio.
Chaque étape du pèlerinage est jalonné d’autres arbres, aux plus modestes dimensions, qui m’accompagnent et me montrent la voie : comment aller vers la forêt interdite et comment en revenir. Ils sont mes repères.
Amis immuablement enracinés
Témoins de mon inquiétude
Geste chaque matin reproduit, une caresse sur la première écorce baptisée « Arbre Un ». Suivent d’autres écorces sous les doigts, Arbre Deux, Arbre Trois. Je saisis leurs empreintes sur du papier calque afin qu’ils restent un peu plus près de moi. Jusqu’à l’Arbre Treize. L’intouchable.
J’en ignore encore la raison, mais l’entrée de cette forêt m’est restée interdite. J’ai passé mon séjour à contempler son reflet depuis la clairière.

Magali Lambert